Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 09:24



Le Vorarlberg

Petit Land situé à la pointe occidentale de l'Autriche, sa surperficie est de 2 600 km2 et sa population d'environ 350 000 habitants. Il est bordé à l'Ouest par la Suisse et le Liechtenstein et au Nord par l'Allemagne. L'habitat ici s'organise en tissu dense autour de la vallée du Rhin dans des espaces semi-urbain que les habitants de la région occupent essentiellement.
C'est une des régions industrielles les plus anciennes d'Autriche et elle demeure, encore aujourd'hui, le Land le plus industrialisé du pays. Cette région est actuellement l'exemple le plus convaincant de la mise en pratique d'un développement écoresponsable à l'échelle d'un territoire europeen. En 2003, le Vorarlberg fut la première région d'Europe où il y eut plus d'énergie renouvelable produite que consommée. Le surplus est revendu à d'autres Lander autrichiens, à l'Allemagne et à la Suisse.
Tout cette culture quotidienne du bati profite à toute la region et participe à son essor. Il y avait, dans les années 80, une trentaine d'agences d'architecture dans le Vorarlberg. Il y en a aujourd'hui plus de 150.
La région offre plus de cinq cents réalisations contemporaines méritant le détour. Un Land ou design, architecture et urbanisme sont integrés au quotidien. 


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Les montagnes du Vorarlberg

Les Baukunstler

L'origine de cette économie durable vient en partie des " Vorarlberger baukunstler" (artistes du batiment). Groupes d'architectes et de charpentiers du Vorarlberg, ils ont développé depuis le début des années 80 une approche originale de la construction, aujourd'hui considérée comme un modèle du développement durable. Ils défendent une conception pragmatique de l'écologie : "penser pratiquement, agir économiquement, avancer pas à pas de la petite à la grande échelle". Leur architecture s'appuie sur une logique de bon sens par l'utilisation de matériaux et de typologies locales. Ainsi, le bois est largement privilégié.
Par ailleurs, la "conception intégrative" (integrale Planung) que les Baukunstler appliquent à leurs projets d'architecture et d'aménagement du territoire peut aussi etre qualifiée d'approche "holistique" (du grec Holos : tout entier) : anticiper l'avenir, étudier les potentiels du site, etre conscient de ce que l'on construit et surtout travailler en réseau. Cette démarche globale et pluridisciplinaire fait le lien avec d'autres secteurs d'activités comme l'agriculture, la biologie et la géologie.
L
eurs oeuvres puisent leur force dans une collaboration étroite entre décideurs publics et privés, usagers, concepteurs et entreprises. Radicale dans sa simplicité, cette architecture de la raison reflète la nouvelle identité du Vorarlberg, entre artisanat et production industrielle, entre tradition et innovation. 


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Bords du lac de Constance



Exemple du parc résidentiel Sandgrubenweg à Bregenz


Pr préserver l'environnement beaucoup sont convaincus qu'il faut arreter les extensions pavillonaires, densifier les villes et développer les transports en commun. Le problème est que la majorité
 des gens (82% en France)  voient la maison individuelle comme logement idéale et la plupart percoivent mal la densité (65% en France).
Voici un exemple qui prouve que l'on peut très bien allier densité, environnement et bien etre social.


Projet

C'est le fruit des recherches d'un groupe de travail qui a étudié un habitat du futur intégrant les multiples facettes du développement durable: l'économie, l'écologie, le social et le culturel. Une réalisation expérimentale d'habitats collectifs individualisés concue par l'architecte autrichien Wolfgang Ritsch* en collaboration avec le maitre d'ouvrage, Rhomberg Bau GmbH*.
Le projet a demarré en 2003 avec la création d'un "atelier du futur". Il regroupait une quarantaine de personnes d'horizons variées : architectes, urbanistes, paysagistes, ingénieurs, experts en droit, en cycle de vie, en financement alternatif,  en marketing, en communication ou encore en service à la personne, etc.
Les résultats de cet atelier ont montré, en autre, que la raréfaction des terrains constructibles impose des logements collectifs alors que la majorité des gens revent d'une maison individuelle. D'autre part, que l'évolution des structures familiales et le vieillissement de la population appellent de nouveaux modèles d'habitat. Enfin que des critères écologiques sur l'utilisation des ressources planétaires (qui deviennent de plus en plus rare et qu'il devient donc nécessaire de raisonner leur emploi) ne peuvent plus etre ignorés.
A cela s'ajoute le choix du terrain. Une analyse des potentiels du site s'est arreté sur un quartier en cours de construction sur la friche industrielle d'une usine textile. Cette étude a repéré, entre autre, la proximité d'équipements publics, de services et de commerces (entre 5 et 10 minutes à pied ou en vélo).


Le résultat donne 4 immeubles d'habitation de 4 niveaux, chacun comprenant 73 appartements. La forme organique des immeubles, leur implantation non orthogonale et les pare-soleil mobiles en métal rouge les distinguent nettement des autres résidences construites aux alentours.
La disposition sur le terrain et la forme en haricot des batiments découlent d'une expertise géobiologique. L'implantation en W dynamise l'ensemble, évite les vis-a-vis directs et permet aux pièces principales une orientation vers le sud-est ou le sud-ouest. 
W. Ritsch a pu proposer à chaque client une personnalisation de son logement grace à une analyse de son mode de vie et de ses besoins profonds. L'analyse consiste à mettre en relation cinq dimensions principales de l'etre humain : physique, affective, cognitive, sociale et spirituelle.
A la recherche d'une alternative au pavillon individuel, le promoteur Rhomberg propose ici à ses clients les avantages d'un habitat personnalisé dans un immeuble collectif entouré d'un espace vert paysagé.


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Fiche technique


Localisation : Bregenz, chef lieu du Vorarlberg

Surface : parcelle 10 072 m2, surface habitable 5812 m2

Programme : 292 appartements répartis dans 4 immeubles d'habitations : 148 deux-pièces, 100 trois-pièces et 44 quatre-pièces

Parking : 116 places de stationnements pour voitures, 198 places pour les vélos

Cout total des travaux (pour 2 des 4 immeubles) : 9,6M d'euros HT

Energies renouvelables : réseau de chaleur avec chaudière aux granules de bois; ventilation double flux avec récuperateur de chaleur à haut rendement dans l'immeuble A, ventilation double flux en option dans les immeubles B,C et D

Besoins en energie de chauffage : immeuble A  10,5kWh/m2/an, immeuble B 34,5 kWh/m2/an et immeuble C et D, 31 kWh/m2/an, les differences s'expliquent essentiellemnt par la qualite des vitrages et la presence d'une ventilation double flux avec récuperateur de chaleur à haut rendement

Materiaux principaux : sous-sol en béton armé, construction mixte avec poteaux et dalles de plancher en béton armé et enveloppe à ossature en bois, murs extérieurs isolés par 27cm de laine minérale, bardage en panneaux bois-ciment au niveau des coursives, en panneaux 3 plis de melèze* sans finition ailleurs, volets pare-soleil en métal perforé, sol des loggias en planches de melèze



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 Toiture vegetalisee sur l'entree du parking



"Si nous n'arrivons pas à faire passer notre message aux parents et aux dirigeants d'aujourd'hui, nous risquons fort de miner le droit fondamental de nos enfants à vivre dans un environnement enrichissant et vivifiant" Gro Harlem Bruntland, avant-propos de la présidente au rapport des Nations Unies intitulé "Notre avenir à tous", 1987



Legende
 
1.Meleze : Conifere des Alpes, le melèze est un arbre des forets de montagne. De tous les résineux, il est celui qui donne le bois le plus durable, le plus solide. Son bois, imputrescible, est exploité pour fabriquer des bateaux, des charpentes, des poteaux, des bardeaux de toiture ou encore des traverses de chemin de fer.
2.Wolfgang Ritsch : a fait ses études à l'académie des beaux-arts de Stuttgart. Il est un des leaders du mouvement des Baukunstler et a presidé l'Institut d'architecture du Vorarlberg de 1997 à
 2005.

3. Rhomberg : est un promoteur autrichien centré sur la qualité des relations humaines entre architectes, maitres d'ouvrage et clients. Mettant "l'homme au centre du projet", Rhomberg veut offrir à ses clients une alternative à l'habitat individuel.

 

Pour en savoir plus

L'architecture écologique du Vorarlberg, D. Gauzin-Muller, Ed Le Moniteur
Habiter écologique. Quelles architectures pour une ville durable ?, Ed. Actes Sud 
100 pionniers pour la planète, D. Caudrelier et M. Roynette,  Ed. JC Lattès 
 
www.ecofaubourgs.com 
www.constructiondurable.com 
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 22:46

Première étape du voyage : Fribourg-en-Brisgau. 


La ville :

Ville allemande de 220.000 habitants située à l'embouchure de la Forêt Noire sur la Grüne Straße (la route verte) et à quelques kilomètres de la frontière française, elle est connue depuis quelques années pour son engagement dans le domaine du développement durable et cela pour plusieurs raisons.
Non seulement cette ville peut se vanter d'avoir non pas un mais deux éco-quartiers mais aussi une réflexion plus globale autour du développement durable. La politique verte de la ville a en effet réussi à attirer plusieurs industries de pointe en matière d'énergies renouvelables : une des principales usines européennes de production de panneaux photovoltaiques est implantée à Fribourg. Ainsi, la ville fonctionne avec 50% d'énergies de co-génération1.
La ville a aussi mis l'accent sur la mobilité douce : une grande zone piétonne a été aménagée au centre de la ville,  les lignes de tramway et de bus sont très développées et il y a 500 km de pistes cyclables en tout dans la ville. 70% des déplacements se font à vélo, en tramway, en train ou à pied. C'est, avec les villes scandinaves, un record européen.
Le maire, Docteur Dieter Salomon, est le seul du parti politique des verts allemands à avoir à sa charge une ville de plus de 100.000 habitants, et apparemment ça marche. 



Situation de la ville et de ses deux quartiers écologiques.



Une des grandes rues piétonnes de Fribourg


Le Quartier Vauban 


Contexte historique :

En 1992, l'armée française qui occupe la caserne Vauban2 depuis 40 ans quitte les lieux suite à la chute du mur de Berlin. Le quartier, jusque là militaire, devient alors le centre d'une concertation sur les mesures d'aménagement du site.
Un an plus tard, la décision du Conseil municipal est de transformer le terrain en nouveau quartier d'habitations. Les SUSI (coopérative d'habitations) commencent les transformations de 10 immeubles. En 1994, un concours d'urbanisme servira de base au PLU (Plan Local d'Urbanisme).
En parallèle se développe une envie de la part des citoyens de prendre part plus fortement à la conception du projet. La nouvelle association Forum Vauban3 devient porteuse de cette participation citoyenne. La ville considère que les "citadins participent au bien être de la cité". Ainsi soutient-elle les initiatives qui partent de la base. Traditionnellement, les représentants de la vie associative sont associés aux prises de décision de la municipalité. En tant que co-concepteurs du projet, ils partagent et portent les aspirations écologiques et communautaires à l'origine du projet. 
Aujourd'hui, ce site est l'un des plus emblématiques des alternatives environnementales d'Europe.


Plan du quartier légendé


Façade à l'entrée du quartier


Organisation du quartier :

Il s'étend sur une surface totale de 38 hectares. Situé à 3 kilomètres du centre de Fribourg, il est délimité au Nord par une voie de chemin de fer, au Sud-Ouest par un ruisseau et à l'Est par une colline. Aujourd'hui, 16,4 Ha ont été définis comme zone résidentielle (2300 logements), 1,6 Ha comme zone artisanale, 2,6 Ha d'espaces verts et enfin 3 Ha restent à vocation mixte.
Ce qui donne :
- une forte diversité architecturale avec une grande diversité de façades, de matériaux et de couleurs,
- des techniques de construction permettant une faible consommation d'énergie (maison passive, isolation, ventilation) et l'usage d'énergies renouvelables (panneaux solaires, cellules photovoltaiques, chaufferie à bois commun),
- une hauteur maximale de 4 étages,
- un système de récupération des eaux de pluie,
- des espaces publics de qualité (espaces verts, espaces de jeu, perméabilité entre espace privé, espace public et semi-privé),
- limitation de l'usage de la voiture à l'intérieur du quartier 
La population est (très) jeune : 30% ont moins de 18 ans et seulement 2,2% ont plus de 60 ans. Les étudiants ont aussi leur place avec une cité estudiantine (600 étudiants y vivent) située à l'Est du quartier. En tout, 5000 habitants pour une densité de 130 personnes à l'hectare, c'est à dire une densité qui rivalise avec celle des quartiers du centre-ville.
 
 

Place Alfred Doblin avec l'ancien bâtiment central de la caserne transformé en maison de quartier.
Centre social et culturel de Vauban, ce lieu sert aussi de café/restaurant (très bon !) et d'hôtel. 

 

Ruelles interdites aux voitures 

 


Infrastructures et transports :

Un parking a été installé à l'entrée du quartier pour minimiser au maximum le passage de voitures à l'intérieur. Il n'y a pas de place de stationnement, uniquement le droit de s'arrêter pour charger ou décharger sa voiture. En plus, un système de car sharing est mis à la disposition des habitants (12 voitures). En tout, seulement 250 véhicules pour 1000 habitants (la moyenne du pays est de plus de 500).
D'autre part, une ligne de tramway a été créée pour faciliter les déplacements. Elle traverse le quartier et amène au centre en 10 minutes. Le vélo est, comme partout en ville, très utilisé. 
Les écoles, les jardins d'enfants, le gymnase, le marché, les quelques commerces et le supermarché bio (en tout 600 emplois sur place) permettent aux habitants d'effectuer un bon nombre de courses concernant leur vie quotidienne dans le quartier. 
En ce qui concerne le domaine de la santé, il y a plusieurs cabinets de médecin, pédiatre, dentiste, masseur, kinésithérapeute, orthophoniste et une pharmacie.  
De plus, il n'est pas nécessaire de sortir du quartier pour aller chercher de l'argent : deux distributeurs automatiques de billets sur place....      

 

      Parking solaire situé à l'entrée du quartier Vauban


L'école primaire du quartier



Espaces végétals et jardins d'enfants :

Lors de l'aménagement du quartier le patrimoine végétal a été conservé, seuls quelques arbres ont été abbatus.
5 espaces verts ont été aménagés entre les immeubles dans les différentes rues. Chacun des espaces verts a été conçu en coopération avec des riverains intéressés lors de stages organisés à cet effet. Chaque espace possède ainsi son caractère propre et tous les habitants peuvent en profiter.
Tout à fait à l'Ouest se trouve un terrain appartenant à l'association "Pour un habitat sans voitures". Avant de se retrouver, éventuellement, dans l'obligation de construire un autre parking à cet endroit, il sert de petit parc que des habitants engagés ont aménagé pendant leur temps libre.
Un autre aspect important qui contribue à la présence de verdure dans le quartier provient d'une part des toits végétalisés imposés dans le cahier des charges du POS (Plan d'Occupation des Sols) et d'autre part de l'infiltration des eaux de pluie dans le sol par un système de fossés. Ces fossés permettent d'irriguer le sol et de limiter les inondations.  
Les jardins d'enfants sont aussi très présents. En effet, avec presque 1500 enfants, Vauban est le quartier le plus "jeune" de Fribourg. Différents terrains de jeux ont été aménagés pour les enfants en bas âge. Pour les plus grands, on trouve un terrain de foot, des terrains de sport avoisinants et un petit centre équestre.


Petite cabane où sont rangés les vélos

Fossés qui permettent d'irriguer l'eau et d'éviter les inondations

Un des jardins d'enfants



Zoom sur les maisons solaires :

Tout à l'est du quartier se trouve un lotissement de maisons à excédent d'énergie conçu par l'architecte Rolf Disch4.
La première chose qui frappe est le choix des couleurs : dû à un artiste berlinois, les couleurs ont été choisies selon une palette de 12 couleurs combinables entre elles et parmi lesquelles les propriétaires pouvaient faire un choix. 
Chaque maison est intégralement solaire. Les toits des villas sont asymétriques, le versant Nord, étroit, constraste avec la vaste surface orientée face au soleil. Côté sud justement, des baies vitrées généreuses apportent un maximum de lumière naturelle. A midi, quand le soleil tape le plus fort, les balcons sont ombragés la proéminence du toit solaire.
A l'inverse, les façades sont très peu ouvertes pour ne pas donner prise au vent. Des collecteurs solaires produisent une grande partie de l'eau chaude. Chaque ménage possède un espace vert protégé ainsi qu'un cabanon pour les vélos.
Le bilan énergétique est remarquablement positif, ceci étant dû à un apport énergétique efficace et économique combiné à un grand système photovoltaique.
Comparée à une maison conventionnelle, la consommation énergétique pour le chauffage est de 1.500 kwh contre 11.000 kwh annuels. Celle de l'électricité est de 2.200 kwh pour 3.800 kwh par an.

 

La cité solaire vue d'en haut : nature et panneaux photovoltaiques !

Façade côté Sud : couleurs et grande baies vitrées

Façade côté Nord et Ouest beaucoup plus fermées. A droite les panneaux photovoltaiques 
débordent pour servir aussi de pare soleil
 

Une des allées menant à l'entrée des maisons : vélos, piétons et verdure



Impressions :

Rien d'éblouissant quand on arrive, on a l'impression d'un quartier d'habitations banal mais ce sont les détails, la volonté des habitants et les différentes techniques utilisées qui font la qualité de ces éco-quartiers.
La première sensation "étrange" en passant quelques heures à Vauban est le sentiment de calme dans un quartier qui reste néanmoins un lieu de vie animée et un lieu de passages. La plupart des gens rencontrés insiste sur l'importance de la présence de la nature tout en vivant en ville et sur l'absence de voiture qui permet aux enfants de jouer en toute sécurité. Pas de klaxon, juste le chant des oiseaux et le cri des enfants.
Un étudiant me dira que c'est une vie un peu trop familiale, qu'il n'y a pas assez de bars ou de lieux pour les jeunes entre 20 et 30 ans. On sent bien ici que la vie est plus adaptée aux couples avec enfants en bas âge qu'aux étudiants qui veulent sortir le soir.


"On peut imaginer que les villes nouvelles seront des fédérations de communes (ou quartiers), entourées de ceintures vertes où les citadins - et notamment les "écoliers" - passeront plusieurs heures par semaine à faire pousser les produits frais nécessaires à leur subsistance. Pour leurs déplacements quotidiens, ils disposeront d'une gamme complète de moyens de transport adaptés à une ville moyenne : bicyclettes municipales, trams ou trolleybus, taxis électriques sans chauffeur. Pour les déplacements plus importants dans les campagnes, ainsi que pour le transport des hôtes, un pool d'automobiles communales sera à la disposition de tous dans les garages du quartier. La bagnole aura cessé d'être un besoin. C'est que tout aura changé : le monde, la vie, les gens. Et ça ne se sera pas passé tout seul." André Gorz, Ecologica 


"Fribourg n'est pas un laboratoire c'est une ville qui a compris que notre monde devait changer et qui s'applique à elle-même des principes que d'autres se contente d'énoncer et de répéter." Philippe Bovet, Ecoquartiers en Europe




Légende


1. Co-génération: est un principe de production simultanée d'électricité et de chaleur. La chaleur étant issue de la production d'électricité ou l'inverse. Au sens plus large, l'énergie électrique peut être remplacée par l'énergie mécanique. Ces systèmes sont à haut rendement (80% à 90%); la co-génération fait parties des techniques les plus efficaces énergétiquement pour l'utilisation des énergies fossiles et renouvelables.

2. Vauban :
 Sébastien le Prestre de Vauban (1633-1707) était le grand architecte de Louis XIV. Spécialiste en forteresses, il a transformé la ville de Fribourg en citadelle. Le quartier a gardé le nom de l'ancienne caserne.

3. Forum Vauban : déjà pendant le retrait des troupes françaises, différents groupes ont commencé à s'intéresser à ce terrain. un de ces groupes est devenu en 1994 l'association Forum Vauban. Elle a réussi à obtenir, en 1995, que la municipalité lui accorde la responsabilité de la coordination concernant la "participation citoyenne élargie", impliquée dans le processus de planification et de construction du quartier. Se sont créés des groupes travaillant sur des thèmes comme la circulation, l'énergie, les communautés de construction ou les femmes. Grâce à un travail compétent, l'association a pu influencer bon nombre de décisions de principe. 

4. Rolf Disch : architecte Allemand dont le travail est concentré sur l'architecture solaire et la construction écologique. Il a participé à l'élaboration du quartier Vauban mais est également connu pour Héliotrop sa maison passive tournante.



Pour en savoir plus

www.solarsiedlung.de 
www.rolfdisch.de
www.ecoquartiers.developpement-durable.gouv.fr
www.forum-vauban.de
www.habicoop.fr
www.dynamosolidaire.fr
 
Ecoquartiers en Europe, Philippe Bovet, Ed. Terre Vivante
Voyages dans l'Europe des villes durables, Pierre Lefèvre, Ed. PUCA
Ecologica, André Gorz, Ed. Galilée 



Prochain article sur la région du Vorarlberg en Autriche. 

 

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Mercredi 28 octobre 2009 3 28 /10 /Oct /2009 14:31
Avant le prochain départ pour un voyage à travers l'Europe de l'architecture éco-responsable (Allemagne, Autriche, Danemark et Suède), je décide de faire un saut à Breda, aux Pays-Bas, dont j'ai entendu dire que la politique en matière de développement durable est très avancée. Je me procure un livre qui détaille les différentes politiques territoriales de la ville (Breda, Faire la ville durable, éd. Le Moniteur) et c'est parti !
 

Carte des Pays-Bas

La première chose qui frappe en arrivant à Breda, c'est la surface de la ville : 129 km2 de superficie pour 170 000 habitants (1 340 hab./km2), c'est énorme ! En comparaison, Paris fait 105 km2 de superficie pour 20 000 hab./km2. En fait, les 3/4 de la ville sont des zones industrielles, tellement nombreuses qu'elles sont indiquées sur la route par des chiffres allant de 0 à 9900.
 

Carte de Breda 


Nieuw Wolfslaar


Après avoir lu le livre sur la ville, je me rends dans le quartier dit "le plus écologique" : Nieuw Wolfslaar.
Il est situé dans le sud-est, à la limite de l'autoroute qui mène vers Utrecht. Plus récent que les autres (1997 - 2007), il comprend un peu plus de 700 logements répartis sur 30 hectares. Ce qui donne une moyenne de 23 logements par hectare. Pas très dense mais très vaste comparé à BedZED où sont répartis 90 logements sur 1,7 hectares (64 log./hectare).

Il est divisé en 3 parties : une de style contemporain (en rouge sur la photo ci-dessous), une se référant à l'architecture des années 30 (en orange) et la dernière autorisant une certaine liberté architecturale sous forme de lots libres (en jaune), en fait des grandes maisons bourgeoises pour des personnes de milieux sociaux plus aisés.
"Le face à face entre ces bâtisses néo-campagnardes et des maisons à l'architecture contemporaine crée quelques chocs étonnants." (Breda, faire la ville durable) C'est en effet assez troublant... On ne comprend pas très bien le lien entre un côté organisé de façon très orthogonale, face vers le sud et un autre où chacun a voulu faire comme bon lui semble.

Ce qui étonne d'autre part, c'est la taille du quartier en comparaison avec ce qu'on y trouve : des logements, quelques espaces de jeux pour enfants et des plans d'eau. Pas de bureaux, pas de commerces ni d'activités. Cela semble étrange dans un contexte politique et environnemental où l'on espère utiliser la voiture le moins possible. Certes, il y a des pistes cyclables partout dans la ville mais les distances sont grandes pour aller de ce quartier au centre ville (3,5 km).
Pas longtemps après mon arrivée, je croise un retraité habitant dans le quartier. Il raconte que si on ne trouve ni cafés ni commerces ici, c'est parce qu'il existe une loi au Pays-Bas qui interdit l'installation de commerces en dehors du centre ville. Apparemment, c'est en train de changer. Certains commerces (concessionnaires, meubles, etc...) peuvent déjà s'implanter en périphérie. En attendant, les habitants espèrent depuis plusieurs années la construction d'un pont (pour piétons et cyclistes) menant au village derrière l'autoroute.


Plan du quartier Nieuw Wolfslaar

La digue

La proximité avec l'autoroute amènera les architectes à édifier une digue anti-bruit et anti-pollution de 15m de haut. Elle crée une barrière visuelle en terre entre le quartier et l'autoroute mais elle est aussi un lieu de promenade pour les habitants. Ainsi, ils peuvent profiter du point de vue sur leur quartier et le village d'à côté. 
 

Vue depuis la digue vers les bâtiments de style contemporain. 


Digue anti-bruit et anti-pollution de 15m de haut qui sépare le quartier de l'autoroute.
Les habitants peuvent se promener sur la partie haute où un chemin a été aménagé. 
 

Expérimentation

Une partie des logements est chauffée par géothermie. C'est une première expérimentation dans l'habitat individuel qui donnera lieu dans quelques temps à des évaluations, notamment sur le coût et sur la qualité du chauffage. Un des habitants interrogés (le seul ayant ce chauffage) me dira qu'il en est très satisfait et qu'en plus cela gaspille moins d'énergie.

Schéma d'un chauffage par géothermie.
On va chercher la chaleur stockée dans la croûte terrestre.

 
Habitation style années 30 chauffée par géothermie.


Espaces verts

Une grande surface verte a été préservée du côté sud-ouest du quartier. Une petite vallée permet la rétention et l'écoulement naturel des eaux. C'est aussi un lieu de détente, de promenade et de respiration pour les habitants.

Petite vallée pour le traitement naturel des eaux.

Une promenade en bois a été aménagée au milieu de ce jardin naturel,
on y accède en traversant l'étendue d'eau. 


 Surprise ! Derrière une rangée de bâtiments squatte... un troupeau de brebis.


Conclusion

En général, les gens sont très contents d'habiter ce quartier. La vie, pour eux, y est très agréable : beaucoup de places, des espaces verts, les enfants peuvent jouer dehors, c'est propre et calme. Par contre, quand on leur pose des questions sur l'environnement et de savoir pourquoi ils ont choisi ce quartier, d'aucun ne sait que c'est un quartier dit "écologique". Ils ne savent pas que certaines choses ont été mises en place pour minimiser l'impact environnemental.
Une des mères de famille avec qui j'ai eu l'occasion de parler (3 enfants et un chien) me raconte qu'elle est très contente car sa maison a été construite en 7 semaines. Mais de savoir pour quelles raisons cela a été aussi rapide ? Pas de réponse. C'est donc une communication très bien menée à l'échelle Européenne mais qui reste inexistante à l'échelle locale. Problème de fond ou de forme ?
Quant aux énergies renouvelables, traitement des déchets, matériaux recyclables ou infrastructures liées aux transports (mis à part le vélo), on a l'impression qu'aucune réflexion n'a eu lieu. C'est donc encore beaucoup d'efforts qu'il reste à faire
pour développer des villes respectueuses de l'environnement.

 
"Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu'il ne nous prenne par la gorge." Winston Churchill

 

 Habitation de style contemporain.

Vue vers les habitations de style années 30. 
Par so-dsign - Communauté : écologie nature et histoire
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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 10:25
Pour ceux qui ne connaissent pas BedZED, c'est un éco-quartier mixte (logements et bureaux) établi dans le sud de Londres depuis 2001 sur une ancienne friche industrielle. Le projet, Beddington Zero (fossil) Energy Development, a été initié par la ville de Sutton ainsi que par deux ONG : la fondation Peabody et l'association BioRegional, en collaboration avec l'architecte Bill Dunster.



Plan satellite du quartier


"Penser globalement, agir localement". Voici le point de départ de leur démarche holistique, visant à réduire au maximum l'empreinte écologique2 des habitants
. Leur approche est globale :
Zéro carbone
Zéro déchet
Transport alternatif
Utilisation de matériaux locaux
Nourriture bio et/ou venant de la région
Gestion de l'eau efficace
Conservation de la biodiversité 
Equité et commerce équitable
Respect de l'héritage culturel
Qualité de vie, santé et "happiness"
 



Une allée piétonne où les enfants peuvent jouer et faire du vélo.
A gauche, les vérandas (ou serres !) orientées vers le sud servent
d'espace tampon
1
 et permettent de garder les appartements chauds l'hiver.


Ainsi les logements sont peu élevés (R+2) mais à haute densité (équivalente au quartier de Soho à Manhattan), ce qui a permis sur un terrain de 1,7 hectares de laisser de la place aux espaces extérieurs communs ainsi qu'aux espaces verts. Certains matériaux pour la construction ont été récupérés sur des sites voisins : rails de chemins de fer, bois, fenêtres, etc.

 

 


Les fameuses crêtes colorées qui coiffent le système de
ventilation naturelle double flux3.


BedZED en chiffres :


Sur le plan social :
 - 220 personnes vivants dans 82 logements.
 -
50% des logements sont en location, 25% sont des logements sociaux et le reste appartient à des propriétaires.  
 - 2300 m2 de bureaux (l'association Bioregional et le cabinet d'architecture de Bill Dunster) placés au nord car ils sont eux même source de chaleur (ordinateurs, serveurs, etc...). 
 - 1 espace communautaire avec une salle de spectacles.
 - 1 espace vert pour chaque appartement (généralement une terrasse végétalisée sur le toit).
 -
1 terrain de sport.
 -
20 voisins en moyenne connus par habitant. Comptez le nombre de voisins que vous connaissez et vous verrez la différence !
 -
2 voitures mises à disposition sous forme de location partagée (ZedCars Club) et 1 réseau de transport aux alentours très bien développé (trains, bus et tramways), ce qui donne 1 véhicule pour 5 habitants contre 1 véhicule pour 2 habitants en moyenne nationale (et un peu plus d'un véhicule pour deux en France).

Sur le plan environnemental : 
 - 777 m2 de panneaux photovoltaiques + comme vous pouvez les voir sur la deuxième photo des "rideaux" photovoltaiques sur certaines fenêtres = 45% de consommation d'électricité en moins. 
 - 0 radiateur car 
 - 50cm d'épaisseur pour les murs extérieurs et des triples vitrages qui permettent une isolation maximale et évitent ainsi la nécessité d'un chauffage !
 - 
1 véranda par appartement côté sud, qui permet de stocker la chaleur et de la redistribuer ensuite dans les différentes pièces de la maison. Ce qui donne :
 -
81% d'utilisation de chauffage en moins. En tout :
 - 
70% de la consommation totale énergétique réduite.

 - 1 installation de traitement d'eau de pluie et d'eau usagée, réutilisée ensuite pour les toilettes, les machines à laver et pour l'irrigation des différents jardins + 
 -
1 aérateur de jet pour chaque robinet qui réduit la consommation d'eau =
 - 
82 litres d'eau/personne/jour utilisés a BedZED contre une moyenne nationale (UK) de 150 litres et, attention460 litres pour les américains ! Et je ne vous parle pas de Las Vegas...
 
 - 1 générateur d'électricité pour charger les potentielles voitures électriques (qu'aucun occupant ne possède encore...). 
 - Plusieurs toitures végétalisées qui permettent de : récupérer l'eau pour les plantes, avoir une bonne isolation et développer tout un éco-système avec plein de petites bêtes comme on les aime ! 
  

A l'avant du bâtiment se trouve un générateur combiné de chauffage
et d'électricité. Au centre, sous la verrière, se trouve une installation
pour le traitement d'eau de pluie et l'eau usagée. Au fond,
la salle communautaire et la salle de spectacles.


Etant le premier éco-quartier de cette envergure au Royaume-Uni, on comprendra que tout n'a pas été réussi. Si certains problèmes sont mineurs car modifiables : les habitants se plaignent du manque de places de parking pour leurs invités, un générateur de transformation de bois en chauffage ne fonctionne plus car trop puissant et obsolète, pas assez de placards dans les appartements. d'autres sont plus sérieux : les vérandas posent un problème de surchauffe l'été, une population répartie par bâtiment en fonction du milieu social et une intégration dans le quartier pas optimum.

D'autre part, le coût global de l'opération a été de 30% plus cher que pour des constructions basiques. Une partie de ce surinvestissement a été accepté par le maître d'ouvrage Peabody Trust dans la mesure où le concept doit ensuite permettre de développer d'autres sites en adaptant le modèle. Les propriétaires ont quant à eux, payé 20% de plus que le prix moyen de l'immobilier dans la région. Surcoût rapidement amorti et compensé par les très faibles coûts d'exploitation et de l'énergie.   Néanmoins, 80% des bénéfices environnementaux auraient pu être atteints avec 20% des investissements, la principale source de progrès étant les efforts de comportement des habitants.

Le principal, comme toujours, étant de participer ! 
 
Le fait d'avoir impliqué les habitants dans ce projet et de les avoir éduqué à un nouveau mode de vie a permis un sentiment fort d'appartenance à une communauté. Ce qui rend la vie très agréable à BedZED.

Ce lieu sert donc aujourd'hui de prototype pour les projets à venir. Il a permis de servir de levier au Royaume-Uni pour des projets de plus grandes tailles, en particulier pour les constructions qui serviront aux Jeux Olympiques 2012.
J'espère aussi que certaines des idées et techniques pourront être utilisées dans le cadre de réhabilitations.

N'hésitez-pas à partager vos idées,
A bientôt !
 

 

Les bâtiments R+2, coté nord. 


Vue vers la serre-véranda.



Legende :

1. Espace tampon : espace intermédiaire qui joue le rôle de transition et de protection thermique.

2. Empreinte écologique : est un outil comptable qui permet d'évaluer les pressions exercées par les activités humaines sur l'environnement. L'empreinte écologique mesure la surface de terre productive nécessaire a la satisfaction de tous nos besoins. Cette surface prend en compte nos consommations alimentaires, matérielles, énergétiques, ainsi que la terre couverte de nos infrastructures et celle utilisée pour enfouir nos déchets. Si tout le monde vivait comme en Angleterre ou en France, nous aurions besoin des ressources équivalentes à 3 planètes Terre !
 
3. Ventilation double flux : système d'échangeur thermique.
Schéma :


Par so-dsign
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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 10:36

Architecte d'intérieur et designer de formation, cela fait maintenant un an que j'ai terminé mes études et que je m'interroge sur l'avenir de mon parcours professionnel (et personnel).
Architecture ou design ? Me mettre à mon compte ou intégrer une structure existante ? Rester en France ou partir à l'étranger...?Suite à de nombreux échanges et après mure réflexion, j'ai décidé d'associer un sujet qui me tient à coeur - le développement durable - à la discipline qui me plait le plus - l'architecture.



C'est ainsi qu’a germé le projet d'un voyage à travers le monde, à la découverte de l'architecture durable. Encore peu développée en France, elle me semble être le présent et l'avenir de l'aménagement du territoire. D'autres pays ont déjà commencé l'exploration de ces architectures éco-responsables
, de l'échelle du bâtiment à celle de la région en passant par le quartier.

J'espère donc trouver dans cette expédition quelques pistes pour des solutions "vertes" et vous témoigner au mieux mes découvertes.



Mon voyage démarre en Europe et plus particulièrement en Angleterre ou je vais visiter l'éco-quartier BedZED dans le sud de Londres ce prochain jeudi.

 

 

A bientôt pour un compte rendu de la visite !

Par so-dsign
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